Histoire de l'étang asséché de Marseillette

 

I – Les origines

Il y a plusieurs millions d'années, le secteur était un ancien golfe de l’actuelle mer méditerranée, parfois nommée l’Océan Téthys.

Il y a environ 14 millions d’années, la mer s’est peu à peu retirée, laissant des couches de sel, de sédiments et de l’eau stagnante sur environ 2 000 hectares. Après divers va-et-vient, la mer se fixa sur ses côtes actuelles il y a environ 2 millions d’années.

Ce bassin fermé reçoit les eaux d'un bassin versant de 15 000 hectares, provocant des surcharges en eau de l'automne et à la fin du printemps suivi par une forte dessiccation en été.


II – 1585 - 1789 : les premiers assèchements

1 - Un lieu malsain

Au Moyen-âge, la situation devient intolérable aux abords de l’Étang : les populations sont décimées par les maladies.
En 1744, l’épidémie de suette décime les habitants d’Aigues-Vives.
« On sait que l’étang de Marseillette est un lieu mal sain, qu’on y regarde comme un espèce de phénomène un homme parvenu jusqu’à l’âge de 60 ans »
(archives du canal, floréal an IX).

« ce vaste amas d'eaux fangeuses répandait au loin ses exhalaisons pestilentielles, les maladies et la mort. (…) Une race d'hommes petite, malsaine, dégradée, traînai sur ses bords sa courte et malheureuse existence : nulle industrie, nulle manufacture, à peine les premières nécessités de la vie. »
(Jouy, l'Hermite en province, tome 5, page 121. Nouvelle biographie des contemporains, Paris, 1821, tome 2, page 221).

Des études démographiques de la région sont menées pour montrer la pertinence d’un assèchement de l’étang. Il semble qu’en l’état, on utilisait l’étang pour la pêche et pour y couper des plantes aquatiques.

2– Des tentatives ratées

En 1585, on peut lire :
« Un ingénieur entreprit d’écouler l’étang de Marseillette, près Péchéric, qui a une lieue de tour à condition que la moitié lui appartiendrait ; mais la guerre fit cesser cet ouvrage ».
Journal de Charbonneau sur les guerres de Béziers (pendant la Ligue), 1583-1586
D’autres tentatives échouent avant même d’avoir commencé, faute de réussir à faire s’entendre les différents propriétaires de l’étang ou à assumer les dépenses nécéessaires : le 11 février 1605 par le juge Darcous, puis plus tard l’avocat Serviès en 1615. (source : l’étang de Marseillette par René Fronzes).
En 1605 est pris le décret royal d’assèchement impératif de l’étang par Henri IV.


3 – Les premiers assèchements

Les propriétaires décident finalement de signer deux contrats en 1622 et 1623 (le 3 avril) : ils cèdent 11/12 des terres à des associés qui vont assécher l’étang : parmi eux, la famille Ranchin (les frères François et Théophile Ranchin, leur belle-sœur Anne d’Audiffret, épouse ou veuve de Jean Ranchin). Les autres associés se nomment peut-être Teyssier, Fabre, Serviès (Suzanne ?), Maurilhan (ou Maureissian), le capitaine Chambon, de la Gravière, Sartre : ces noms apparaissent sur le bornage de 1630.

L’assèchement est effectué en 3 ans : on creuse une grande tranchée de 1 200 toises (2,5 km environ) qui part de l’étang et va jusqu’à l’Aude. Cette rigole de fuite draine les eaux saumâtres de l’Étang vers l’Aude en passant par Puichéric : c’est la grande rigole de l’Étang. Celui-ci est vidé en 1626.
Quand le canal du midi sera construit à partir de 1665, Pierre-Paul Riquet construira un pont-aqueduc afin d’acheminer les eaux du canal au-dessus de celle de la rigole de l’étang.

Selon les termes du contrat, les associés commencent alors à se partager les terres asséchées. Les anciens propriétaires, dont les seigneurs d’Aigues-Vives (et aussi de Capendu je pense), de Blomac (famille de Comignan) et de Marseillette, ainsi que les abbées de Caunes et de Lagrasse, réalisent à quel point ces terres sont intéressantes et intentent un procès pour annuler les contrats de 1622-1623.
Ils sont déboutés le 22 février 1628 au parlement de Toulouse et un bornage de l’étang est effectué en 1630 afin de partager les terres entre les associés.

Mais entre les années de procès, les guerres de religion en Languedoc sous Louis XIII, l’épidémie de peste de 1626 à 1632 et les inondations, la rigole n’est pas assez entretenue et l’étang s’inonde de nouveau.

Les associés sont ruinés et leurs terres de nouveau inondées n’ont plus de valeur.
Les Ranchin (François, Théophile et Anne d’Audiffret) viennent s’installer à Puichéric, au bord de l’étang, afin de veiller sur de nouveaux travaux destinés à rendre les terres de nouveaux rentables. Ils rachètent toutes les parts de l’étang, notamment à Mathieu de Comignan, seigneur de Blomac, le 1er février 1636. Ils se lancent en avril 1638 dans de nouveaux travaux de réparation des canaux et font construire le château de Fonfile (actuel domaine de Ranchin) entre 1644 et 1647.
A peine les travaux achevés, les habitants de Blomac, Aigues-Vives, Marseillette et Saint Frichoux provoquent de sérieux troubles pour conserver leurs habitudes (dépaissance) dans l’étang. En 1648, plusieurs procès leur donnent tort et leur interdisent l’utilisation des terres asséchées.
Quelques années plus tard, vers 1652, la fille de Théophile, Anne de Ranchin, son époux (et cousin) Daniel de Ranchin et leur fils Bazile de Ranchin, héritent du domaine.

4 – La valse des propriétaires

Il semble que Bazile a lui aussi négligé l’entretien de l’étang, à moins que les terres n’aient pas été assez rentable : ses biens sont saisis en 1676.
Le domaine change plusieurs fois de propriétaires : d’abord Jean François de Comingnan, seigneur de Blomac en 1690, puis un cousin de Bazile, Charles François Ranchin de Montaran en 1713.
Dès 1747, l’ingénieur toulousain François de Garipuy étudie la faisabilité de l'assèchement de l'étang de Marseillette avec les ingénieurs Pélissier et Pitot.
Le projet échoue en 1759 à cause de la mésentente des copropriétaires.

5 – Réunification du domaine

Le 4 janvier 1759, Roudil de Berriac achète à Ranchin de Montaran la terre du château de Ranchin et l’étang. Roudil de Berriac, seigneur de Ranchin et maire de Carcassonne, s’engage à dessécher l’étang de Marseillette dans un délai de huit ans. En 1760 (5 août), il obtient par un arrêt du Conseil du roi Louis XV l’attribution exclusive des droits d’assèchement : les autorités comprennent que des travaux d’une telle ampleur ne peuvent réussir qu’avec un propriétaire unique.
Le 21 septembre 1777, Roudil de Berriac n’ayant plus assez de ressources pour mener à bien les travaux, revend l’étang à François de Garipuy qui a déjà travaillé sur des projets d’assèchement de cet étang et qui s’est aussi déplacé en Hollande pour étudier leurs travaux. Son décès et celui de son fils en 1782 de la suette mettent un terme à leurs travaux d’assèchement. Il existe encore à Toulouse un observatoire astronomique qui porte son nom.

François de Garipuy et son fils Bertrand meurent tous deux de l’épidémie de Suette à Toulouse en 1782.
Les deux filles de Bertrand, Marie Elisabeth Marie Louise, vendent l’étang le 14 mai 1789 au Comte Jean Gabriel Aimable Alexandre Riquet de Bonrepos et ses trois neveux, descendants de Pierre-Paul Riquet (concepteur et propriétaire du Canal du Languedoc) et propriétaires du Canal du Midi. La famille Riquet de Caraman aurait acheté l’Étang pour empêcher son assèchement et tenter de mener à bien le projet de l’ingénieur J.B. Lespinasse (depuis 1784 ?) de faire de l’Étang un réservoir d’eau pour le Canal du Midi.
En 1789, l’Étang devient propriété de l’État quand tous les biens de la famille Caraman sont confisqués après leur fuite pendant la Révolution… même si la branche des Riquet de Bonrepos, propriétaire de l’Étang, était, elle, restée en France !

III – 1789 - 1844 : l'assèchement par Marie Anne Coppinger

L'assèchement par Marie Anne Coppinger

IV– 1844 - 1900 : le démantèlement de l'Etang

V – 1900 - 1950 : la période Camman

VI - 1950 à nos jours : l'ère moderne

 

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